Gaoussou Touré (ministre de la promotion de la Riziculture) : “Faire en sorte que le paysan soit un opérateur économique à part entière”

Gaoussou Touré, Ministre de la Promotion de la Riziculture
Gaoussou Touré, Ministre de la Promotion de la Riziculture
Gaoussou Touré, Ministre de la Promotion de la Riziculture

Gaoussou Touré (ministre de la promotion de la Riziculture) : “Faire en sorte que le paysan soit un opérateur économique à part entière”

Le 14/12/20 à 16:51
modifié 14/12/20 à 16:51
Les enjeux de la nouvelle politique de production de riz sont de taille ! Entre autres, relever le défi de l’autosuffisance... Le ministre en charge de ce secteur détaille ici tout le plan d’action du gouvernement.
M. le ministre, depuis 2011 et même bien des années en arrière, la Côte d’Ivoire consacre des moyens importants à l’autosuffisance en riz. Pourquoi sommes-nous loin d’atteindre cet objectif ?

Effectivement, il y a fort longtemps que la Côte d’Ivoire cherche à être indépendante en matière de production de riz. En 2012, une stratégie allant jusqu’en 2020 avait été mise sur pied pour que le pays puisse atteindre cette suffisance en riz. Force est de reconnaître que ce résultat ne sera pas atteint d’ici la fin de l’année. Il y a plusieurs raisons. Entre autres, le mode actuel de production qui est de type traditionnel. Subsistent aussi plusieurs autres contraintes liées à l’irrigation et aux financements. Je voudrais faire remarquer que partout dans le monde, là où la politique du riz a porté ses fruits, c’est qu’il y a eu aussi une excellente politique d’irrigation.

Or, chez nous ici, malgré la grande superficie dont on dispose, nous n’avons que 4% qui sont irrigués. Autre chose, en dépit des efforts fournis par l’Etat, les résultats restent très faibles. L’Etat a consenti à mettre en place des barrages, sans pouvoir faire les aménagements qui s’imposent. Certains barrages ont été bien aménagés, mais faute de fonds de roulement, ils ont donc été abandonnés. On dénombre près de quatre-vingts. Construits à grand frais, ils n’ont pas été utilisés. Dans la nouvelle stratégie, on va réhabiliter ses infrastructures pour leur donner une cure de jouvence.

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Le développement de la riziculture a été confié, depuis 2018, à l’Agence pour le développement de la filière riz (Aderiz). Avec la création d’un ministère dédié à la promotion de la riziculture, le 4 septembre 2019, qu’est-ce qui change ?

L’ensemble des acteurs de la filière est heureux de la création de ce ministère. Cela témoigne d’une ferme volonté du Président de la République de pousser loin la politique rizicole en Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, le 4 septembre 2019, il a créé ce ministère, une excellente idée qu’il faut saluer à sa juste valeur. Car les experts de la filière s‘accordent sur le fait que d’ici 2030-2040, le principal défi que le monde entier va relever, c’est comment arriver à nourrir les dix milliards de personnes que comptera la planète. 2030, c’est bien demain, et il faut bien être prévoyant, car gouverner c’est avant tout prévoir. Tout le monde est aussi d’accord que seul l’Afrique va réussir à relever ce défi, pour la simple raison qu’elle dispose des 65% de terres arables non cultivées. L’Asie, malgré son expertise et son expérience en production de riz, ne dispose plus d’espace pour produire davantage. Les experts s’accordent donc à dire que si rien n’est fait sur le continent africain, la baisse de la production de riz va s’accroître, la pauvreté sera alors grandissante. C’est pourquoi, le Président Alassane Ouattara, soucieux du bien-être des populations ivoiriennes, a décidé de créer ce ministère pour que toutes les décisions et les mesures idoines soient prises pour que la Côte d’Ivoire soit autosuffisante avant 2025. Et qu’à l’horizon 2030, la Côte d’Ivoire puisse être comptée parmi les pays africains exportateurs de riz.

M. le ministre, quels sont aujourd’hui les besoins réels en termes de consommation de riz en Côte d’Ivoire ?

Il y a aujourd’hui une nouvelle politique 2020-2030. Pour atteindre les objectifs de cette nouvelle vision, il y a une série d’éléments qu’il faut mettre en route. Ce qui importe à partir de maintenant, c’est d’arriver à élaborer et mettre en œuvre des projets rizicoles intégrés. C’est-à-dire qu’on part de l’irrigation, de l’aménagement des parcelles rizicoles, pour ensuite arriver à la mécanisation de l’exploitation des parcelles. Question d’épauler et d’appuyer au mieux les riziculteurs. En leur permettant de bénéficier, donc, d’intrants, de formation et du fonds de roulement dont ils ont besoin, pour leurs activités. Avant, l’Etat était au-devant des activités, pour raisons de sécurité alimentaire. Mais aujourd’hui, l’Etat a décidé de se retirer de l’aspect production. Non seulement l’Etat veille au grain pour assurer cette sécurité alimentaire, mais il a décidé d’accorder une place de choix au secteur privé. Dorénavant, c’est le secteur privé qui sera la locomotive du développement du secteur. On a donc divisé la Côte d’Ivoire en vingt pôles de développement économique, chargés de la mise en œuvre des projets rizicoles. C’est la raison pour laquelle, dans le choix des ressources humaines, nous avons tablé sur la rigueur. Il s’agit de trouver des personnes ressources compétentes, motivées et gonflées à bloc pour faire décoller effectivement ce projet.

C’est donc sur les épaules des leaders de pôles que va reposer le développement de la riziculture. Cette sélection rigoureuse en valait la peine, eu égard aux objectifs visés par l’Etat. Par ailleurs, il y a des éléments que nous devons mettre en œuvre pour réussir cette nouvelle politique rizicole en Côte d’Ivoire. Par exemple, depuis huit mois nous sommes en préparation de la campagne 2021. Avant, c’est au moment des campagnes qu’on cherchait à résoudre les problèmes. Et donc, comme la campagne n’attend pas, il était difficile de faire face aux préoccupations.

Depuis huit mois, nous avons commencé la campagne par la semence. A ce niveau, il faut préciser qu’il y a plus de 200 variétés de riz sélectionnées. A priori, cela constituait un gros handicap pour le développement rizicole. Dans la mesure où, sans tenir compte des variétés, les producteurs les acheminaient à l’usine, pour rentabiliser son travail, sans sérier ces variétés. L’usinier était alors obligé de les mélanger. Le faisant, c’est un produit tout-venant qu’il offrait au consommateur. Or, cela n’était d’ailleurs pas à son gout! C’est la raison pour laquelle, on a vite fait de qualifier le riz local ivoirien de mauvaise qualité. D’où leur préférence pour le riz importé.

Aujourd’hui, il s’agit de mettre l’accent sur la qualité, il faut travailler sur les semences, en misant sur des semences certifiées. Je suis heureux de dire que nos chercheurs ont fait des avancées remarquables. La Côte d’Ivoire dispose de variétés qui n’ont rien à envier aux produits venus d’ailleurs. Car, certaines variétés ont des parfums naturels qui donnent vraiment du bon goût. Déjà à la cuisson, l’odeur vous invite à table.

Après les semences, il faut regarder du côté des engrais et des herbicides, pour les mettre à la disposition des producteurs. On a alors mis un accent particulier sur les partenariats, avec les meilleures entreprises, au niveau mondial, susceptibles de nous aider à la mise en œuvre de notre programme. C’est le cas d’Ocp Africa pour l’engrais, avec des groupes aussi comme Sonovo, Yara. On va poursuivre cette politique de partenariat avec Callivoir, très bientôt.

Notre objectif, à ce niveau, c’est d’avoir une multitude d’opportunités et de possibilités. Jusque-là ces grosses firmes n’octroyaient pas de crédit. Mais, aujourd’hui, ils le font, en fournissant des intrants aux leaders de pôle, car conscients du fait qu’ils sont des opérateurs et non pas de simples individus qui viennent pour négocier. Ces leaders de pôle vont recevoir des intrants qu’ils vont payer à la fin de la récolte. Ce problème vient donc de trouver une solution.

Au niveau de la mécanisation, nous sommes en train de trouver des solutions. Au niveau des partenariats, la plus importante, à nos yeux, c’est celle que nous venons de signer avec Orange Côte d’Ivoire. Il va permettre d’avoir une totale transparence dans la gestion de la filière. Cette initiative est importante, dans la mesure où les producteurs étaient eux-mêmes ennemis de leur propre succès, étant entendu que les semences qui leur étaient fournies, ils les divisaient en deux : une petite partie pour la riziculture et la plus grande partie pour acheter des produits alimentaires, pour leur subsistance. Ils font la même chose, pour l’engrais et les herbicides. Tout est donc faussé à la base. Aujourd’hui, comme nous sommes dans une dynamique d’exploitation de type privé, si les groupes multinationales qui vont fournir les intrants ne sont pas payés, il sera quasiment impossible de travailler avec eux. On n’avancera pas ! Au contraire, on va simplement reculer.

Quelle est aujourd’hui la quantité de riz importée pour satisfaire la demande locale ?

La Côte d’Ivoire exporte, annuellement, en moyenne, un million à un million et demie de tonne de riz. Ce qui occasionne une sortie de devises de l’ordre de 300 à 350 milliards F cfa. Cela veut dire que la Côte d’Ivoire, pays agricole par excellence, enrichit les producteurs de riz vietnamiens, thaïlandais, chinois et américains. C’est surtout cette énorme sortie de devises qui motive, notamment, le gouvernement à prendre à bras-le-corps sa politique d’autosuffisance alimentaire en riz. Or, nos producteurs rizicoles ici ont du mal à aller de l’avant. Car, si les 350 milliards de F Fca qu’on utilise pour l’importation du riz sont injectés dans l’économie ivoirienne (la consommation étant fonction du revenu), ce sont toutes les activités économiques qui avanceront considérablement, avec de fortes croissances dans le domaine agricole. C’est la raison pour laquelle dans sa politique agricole actuelle, le gouvernement est en train de mettre tout en œuvre pour amener le pays à être autosuffisant dans les produits de première nécessité.

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Et quel est le volume de riz produit et transformé sur place ?

Au niveau de la production locale, on a des estimations. Car, d’un service à l’autre, d’un interlocuteur à un autre, les chiffres sont différents. Tout de même, on est unanime pour dire que la Côte d’Ivoire produit 1,5 million de tonnes de riz par an. Avec une consommation de 2,8 millions de tonnes l’année, on se rend bien compte du gap.

Vous indiquiez tantôt qu’on dispose de variétés de riz avec de très bons goûts. Mais, les grandes surfaces sont encore dominées par le riz importé. Pourquoi avons-nous du mal à trouver du riz local dans les grandes surfaces, alors que, comme vous l’aviez aussi indiqué, la production locale dépasse plus d’un million de tonnes, chaque année ?

C’est maintenant que nous sommes en train de démarrer une véritable politique dans la filière riz. C’est pourquoi j’estime que le partenariat que nous avons signé avec Orange Côte d’Ivoire vaut tout son pesant d’or. Jusque-là, nous ne disposons que de simples estimations. Nous n’avons pas une réalité des chiffres fiables de production. Mais à partir de 2021, nous serons en possession de statistiques fiables. Avec le partenariat avec Orange, tout sera clair et transparent !

Vous avez évoqué la transformation de la filière du riz, à travers notamment les vingt pôles qui seront créés, ainsi que les conventions que vous signez avec plusieurs partenaires.

Quelles sont les autres grandes innovations que vous annoncez pour 2021 ?


Les activités du gouvernement seront plus rationnelles, avec la mise en place de systèmes qui permettront d’assurer une régulation du marché. C’est un processus très important. Avec nos leaders de pôles, l’accent sera mis sur le riz de luxe et le riz semi-luxe. On note, en effet, une évolution des habitudes alimentaires chez l’Ivoirien. Initialement, c’est le riz 35% de brisure (appelé Deni Kacha), qui était consommé. Aujourd’hui, le consommateur a passé ce cap, pour manger du riz de type 15% ou 5% de brisures.

Lorsque les vingt leaders de pôles seront opérationnels et permettront d’atteindre l’autosuffisance au niveau de la qualité des 15 % et 5% de brisures, on va augmenter les taxes, on mettra un accent sur la régulation pour accroître la compétitivité, en faisant en sorte que le riz venu d’ailleurs ne vienne pas gêner le marché local. L’arme fatale sera l’accent qui sera particulièrement mis sur la qualité. On a donc sélectionné des semences de riz bon goût dont la qualité est largement au-dessus des céréales importées. En plus, ces riz sélectionnés sont très frais et plus nourrissant, avec des qualités diététiques au niveau de la santé. Or, ceux qui sont importés peuvent durer au moins dix ans dans les stocks de sécurité. Sans oublier aussi qu’on utilise des produits chimiques pour leur conservation. On va donc distribuer ces semences sélectionnées, ensuite seront mises en place des stratégies de distribution et de marketing pour mieux faire connaître le riz local. On l’appellera «Riz Ivoire », pour marquer la différence avec les autres qualités sur le marché ivoirien.

M. le ministre, vous avez évoqué les semences sélectionnées de grande qualité, ainsi que des grands pôles. Dans la nouvelle politique, il y a un maillon essentiel constitué des producteurs individuels. Quel sera leur place dans votre stratégie ? S’ils sont laissés-pour-compte, s’ils ne bénéficient pas de semences, cela ne va-t-il pas contribuer à appauvrir le milieu paysan ?

Depuis huit mois, nous sommes en phase de production de semences. Donc le problème ne se posera pas, ni pour les leaders de pôle, ni pour les producteurs individuels. Sur le territoire national, 657 mille hectares de parcelles seront mis à la disposition des producteurs. Pour ces parcelles, il nous faut 27 mille tonnes de semences que nous sommes en train de produire. De sorte que, dès que sonne l’heure de la campagne, tous ceux qui ont besoin de semences puissent s’en en procurer. Les semences tout-venant seront out, pour faire place aux semences certifiées. Cette stratégie permettra d’accroître la production à l’hectare. Mieux, ce sera du riz de très bonne qualité qu’apprécieront les Ivoiriens. Il faut souligner en passant qu’il y a des qualités de riz qui ont un bon rendement, mais qui ne sont pas du tout prisées par les consommateurs locaux. Or c’est ce type de riz qui était mis sur le marché par les producteurs, dans le but d’écouler leurs productions. Ce qui est à la base des méventes.

Par rapport au riz importé, n’y aura-t-il pas de crainte à voir grimper les prix du riz local de très bonne qualité ? En tenant notamment compte du fait que les producteurs vont s’endetter auprès les banques ?

L’objectif de la politique actuelle du gouvernement en ce qui concerne la filière du riz, c’est de passer à une riziculture traditionnelle non rentable et non finançable également, à une production de riz de qualité supérieure, à une riziculture moderne, compétitive, rentable, durable et respectueuse de l’environnement.

Le riz pourra-t-il être vendu à moindre coût ?

A partir du moment où, sur la base des mêmes charges, on améliore les rendements, automatiquement on gagne en compétitivité, en rendement et au niveau de la politique de distribution. Or, ce qu’on constate aujourd’hui, c’est que les paysans ont 0,5 hectare, avec des productions dont très peu avoisinent la tonne. Cela veut dire qu’ils sont quasiment condamnés à rester dans la pauvreté à vie ! C’est la raison pour laquelle dans la nouvelle stratégie de la riziculture en Côte d’Ivoire, il faut faire en sorte que le paysan soit un opérateur économique à part entière qui vit de son activité, du reste, rentable, créatrice d’emplois et de richesses. Je pense que ce sera une aubaine pour les paysans des zones rurales classées les plus économiquement faibles du pays.

Quel est l’impact pour le consommateur ? Peut-on dire qu’il y aura une baisse de prix au niveau du riz ivoire, de sorte qu’il soit moins cher que les autres qualités de riz qui sont exportées ?

Notre objectif, c’est d’accroître les rendements à l’hectare, pour que les consommateurs puissent acheter le riz local de qualité supérieure à un prix réduit, par rapport au riz importé. Et que, par conséquent la compétitivité du riz local puisse être assurée en permanence.

Qu’en est-il à présent de la mécanisation ? Des contrats signés permettront-ils aux planteurs de bénéficier de machines pour travailler avec efficacité ?

A ce niveau, il faut noter qu’il y a un grand changement, avec la nouvelle vision apportée à la filière rizicole. De l’époque du Président Félix Houphouët-Boigny jusqu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a investi des fonds énormes, pour assurer la mécanisation agricole du pays. Malheureusement, la politique adoptée n’a pas été bonne. Le pays avait choisi d’octroyer du matériel agricole aux producteurs, aux coopératives. Ce qui était une initiative louable. Mais, la maintenance, l’entretien, les réparations ... n’ont pas suivi, de sorte qu’aujourd’hui, toute la Côte d’Ivoire se trouve confrontée à un réel problème de matériels agricoles.

Ce qu’on va faire dorénavant, c’est que l’Etat va équiper les vingt pôles de matériels agricoles nécessaires pour une mécanisation totale du pays. Ce ne sont donc plus les leaders de pôles du pays qui vont gérer ce parc de matériels agricoles. Ce sera donc une affaire des leaders de pôles, à qui l’Etat va octroyer des crédits pour mieux s’équiper. Et ils seront rétribués en fonction des prestations vis-à-vis des paysans. Le leader de chaque pole se chargera de faire l’entretien de son matériel, pour que les différentes machines tiennent la route et puissent durer.

Reste que vous devriez trouver cette somme, en dehors des caisses de l’Etat !

C’est à ce niveau que l’Etat doit jouer le rôle de mobilisation de fonds auprès des bailleurs de fonds. Nous n’en doutons pas, étant entendu que le secteur est rentable et porteur d’espoir. L’Etat va demander aux bailleurs d’octroyer des crédits aux leaders de pôles, pour qu’ils puissent bien jouer leur rôle dans la nouvelle politique rizicole ivoirienne. Pour être leader de pole, il est recommandé de déposer un milliard sur la table. On a eu des craintes au départ, mais aujourd’hui ce sont douze leaders qui sont à jour. Ils sont cent pour cent Ivoiriens. Parmi eux, il y avait un Afro américain qui a décidé de prendre la nationalité ivoirienne. Ils seront donc la locomotive qui va tirer le wagon du développement rizicole dans notre pays. À propos des huit autres, ils sont en train de se mettre à jour. C’est sûr qu’ils viendront pour se joindre aux douze.

Pourriez- vous donner la garantie aux Ivoiriens, en assurant que d’ici trois, quatre ou cinq ans la Côte d’Ivoire sera autosuffisante en production de riz ?

Je peux donner cette garantie aux Ivoiriens. C’est l’engagement que j’ai pris lorsque j’ai accepté d’assumer les responsabilités de ce ministère. Nous sommes sur la bonne voie, car ce qu’on n’avait pas pu obtenir hier, nous sommes en train de l’avoir aujourd’hui. Si c’est l’Etat de Côte d’Ivoire qui devait injecter ces mille milliards de F Cfa dans la politique rizicole du pays, j’aurais décliné respectueusement cette offre. Parce qu’il est clair que l’Etat ne mettra pas mille milliards de F Cfa sur la table. Or, aujourd’hui, la voie que nous avons empruntée nous permet d’arriver à bon port. Car, ici ce n’est plus une seule personne qui met la main à la poche, ce sont plutôt vingt leaders qui, aidés par l’Etat, mobiliseront toutes les ressources financières pour pousser loin le bouchon du développement rizicole en Côte d’Ivoire.

La production de riz demande, en effet, beaucoup d’investissements, à commencer par l’irrigation dont le coût est très élevé. Imaginez-vous que les barrages mis en place par l’Etat ont coûté 25 à 30 millions de F Cfa. Mais, avec l’arrivée des leaders de pôles, c’est-à-dire le secteur privé, il est clair que les frais de réalisation de barrages vont considérablement baisser. Tout cela constitue des atouts que nous allons capitaliser. On sait, par exemple que la Côte d’Ivoire dispose de 650 mille hectares de parcelle, dont 35 mille sont irrigués. En 2022, ce sera différent, parce que l’Etat va mettre en l’état les anciens barrages qu’il avait pris soin de construire. Sans irrigation, en tout cas, il est difficile de mettre en œuvre la politique rizicole !

Monsieur le ministre les terres qui seront utilisées dans le cadre de la mise en œuvre de la politique rizicole resteront toujours les propriétés des Ivoiriens ?

Oui. L’option qu’a prise la Côte d’Ivoire dans le cadre de cette politique, ce n’est pas de vendre dix mille ou vingt mille hectares à tout ceux qui viendront pour nous aider dans cette politique ! Ce n’est vraiment pas de cela qu’il s’agit. Ce dont il est question, c’est d’aider les paysans à produire davantage sur leurs propres terres, de les aider à passer du stade de pauvreté à celui de richesse. L’Etat veillera au grain ! Car ; il s’agit avant tout de son rôle régalien.

Et c’est le lieu de dire merci pour son engagement en faveur de la filière riz, et pour sa bonne compréhension. Il a l’art de faire des prévisions justes qui, à la longue, impactent positivement sur le niveau de vie des Ivoiriens. Je me réjouis de la confiance qu’il m’a faite, dans le but de partager, à bon escient, mon expérience de trente années que j’ai passé dans le secteur privé, précisément dans la filière du riz. Question de faire profiter cette expérience aux Ivoiriens, aux Africains, et pourquoi pas, au monde entier. Dans la mesure où nous avons eu aujourd’hui (ndlr, le 10 décembre), une rencontre avec les ministres de la Cedeao en charge de la production du riz dans leur pays.

INTERVIEW Réalisée par

Amédée Assi



Le 14/12/20 à 16:51
modifié 14/12/20 à 16:51

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